Read below some creative writing in one of our French classes in Bristol, online In the next few weeks you will be able to follow Allifré the dog in his travels:

John, dans la classe de Martine du vendredi matin, a suggéré que chaque étudiant écrive les aventures d’un chien qui suit une personne ou des personnes qui passent par la gare du Nord (Merci John!). A la fin de chaque aventure. le chien,  prénommé Allifré, se retrouve à la gare du Nord d’où il repart pour une nouvelle aventure. Vous pouvez le suivre à travers les siècles, sur terre et même sur la lune. Première partie ici Deuxième partie ici Troisième partie ici

Allifré et Edith

Je m’appelle Allifré et je vais vous raconter l’histoire d’une rencontre avec quelqu’un il y a longtemps qui m’a beaucoup impressionné. C’était en 1932 environ.

En tant que chien de garde, j’ai trouvé comment trouver le chemin de la gare du Nord depuis le quartier de Pigalle lorsque mon propriétaire est au travail. Lorsqu’il est parti, on me laisse entrer dans la cour arrière par une fenêtre ouverte juste assez grande pour que je puisse m’y glisser. À leur insu, j’ai creusé un tunnel derrière un buisson au fond de la cour, sous la haie, dans la ruelle derrière le chantier d’appartements en construction. 

D’habitude, je me dirige vers la gare du Nord où il se passe beaucoup de choses et où l’on trouve peut-être quelques restes de nourriture devant les cafés qui entourent la gare.  Il y a très souvent des gens qui y mendient ou y présentent des spectacles, essayant d’attirer l’attention des passants alors qu’ils se dépêchent d’aller et venir de leur lieu de travail. Il s’agit généralement d’hommes, rendus handicapés et inemployables par la guerre. Parfois, il y a des femmes, mal habillées et peu propres, qui espèrent attraper quelques pièces de monnaie pour une boisson chaude ou un en-cas ou plus souvent ou non pour acheter du vin ou des cigarettes.

Ce jour-là, en entrant dans la gare, mes oreilles se sont dressées lorsque j’ai entendu le son d’une voix, forte et passionnée, qui résonnait dans la rue latérale où j’avais pris un sandwich à moitié mangé pour un casse-croûte sournois. Avec précaution, je me suis dirigé vers le devant de la gare et là, j’ai vu une petite fille, ou du moins je l’ai cru parce qu’elle était si petite….

Elle chantait comme un oiseau, la tête haute vers le ciel et devant une foule réceptive. Comme une môme piaf. À côté d’elle, il y avait une autre fille plus grande qui ramassait toutes les pièces de monnaie que les gens pouvaient jeter. La chanteuse était vive, avec des cheveux noirs bouclés et de grands yeux bleu foncé, elle plaisantait et flirtait même avec les passants. Elles semblaient toutes les deux trop jeunes et trop vives, si différentes des habituels mendiants et musiciens désespérés.  Elles portaient des blouses et des jupes colorées.

Après la ruée du midi, les cafés sont devenus plus calmes et les deux filles ont commencé à s’éloigner. J’ai décidé de les suivre et environ une demi-heure plus tard, nous sommes arrivés à la rue André Antoine à Montmartre, une étroite rue pavée. Là, elles se sont arrêtées et sont entrées par une porte.   C’était l’hôtel Clair de Lune. Ce n’était pas un endroit chic mais très délabré. Près du dernier étage, elles ont ouvert une porte. À l’intérieur, il y avait une chambre, désordonnée et miteuse. J’ai entendu un bruit, la môme piaf s’est penchée et a pris un baluchon sur le lit. C’était un bébé… J’ai été si surprise que je me suis glissé dans la chambre pour regarder de plus près. Mais l’autre fille m’a vue et s’est écriée : “Regarde, c’est le chien de la gare, il nous a suivis jusqu’ici… Nous devons sortir pour chanter et gagner plus d’argent, a dit la môme piaf, en nourrissant son bébé avec un biberon en verre. Laissons le chien veiller sur elle, si quelque chose arrive, il aboiera ….

Avant que je ne puisse courir, elles sont sorties et ont fermé la porte à clé, me laissant de l’eau, du pain couvert de sauce.  Je me suis couchée à côté du bébé, qu’elles appelaient Marcelle. Quand elle s’est réveillée, j’ai remué la queue et j’ai essayé de la tenir tranquille jusqu’à ce qu’elles reviennent en fin d’après-midi avec de l’argent dans leurs poches et une bouteille de vin qu’elles avaient déjà ouverte.

Merci, a dit la môme piaf. Elle a vérifié mon collier qui porte mon nom, Allifré. Reviendriez-vous demain après notre séance du matin à la gare ?   Et c’est ce que j’ai fait, pendant quelques mois, tous les jours de la semaine.  Je veillais sur Marcelle (surnom Cécile) qui semblait trouver ma compagnie apaisante, elle aimait se blottir contre moi pendant que la môme piaf  et son amie étaient au travail.

Et puis un jour, alors que je m’apprêtais à partir en fin d’après-midi, cet homme est arrivé.  Il y a eu une grosse dispute, beaucoup de cris et de jurons. Puis il a pris Marcelle et il est parti. Il a dit : “Si tu veux ta fille, tu dois arrêter de chanter dans la rue”. Jamais, a crié la môme piaf, il faut que je chante, c’est ma raison d’être.

Je n’y suis plus jamais retourné mais j’ai continué à écouter ma môme piaf chanter à la gare du Nord jusqu’à ce qu’elle arrête de venir l’année suivante environ. Elle avait une telle énergie et une telle puissance dans sa voix. Ses chansons parlaient des difficultés de sa vie dans ce quartier, tendres mais féroces et de l’amour, de la perte et du chagrin.

Puis un jour, j’ai vu sa photo sur le stand de la presse ; elle était devenue une chanteuse très célèbre. Elle s’appelait Edith Piaf. 

Et moi, Allifré ? Non, je ne regrette rien. Mais je regrette  la courte vie de la petite Marcelle qui est morte à 2 ans d’une méningite.

Merci Anne, et bravo!

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